Bratislava

Bratislava, la ville raconte son histoire

Est-ce que les Français lisent la littérature slovaque ? C’est peu probable. La littérature slovaque est longtemps restée dans l’ombre de la littérature tchèque et hongroise mais aussi polonaise ou, plus récemment, ukrainienne. Dans ce contexte, il n’y avait pas (encore !) de grand romancier comme Milan Kundera ni de dramaturge mondialement connu comme Václav Havel. Pour découvrir cette littérature variée et multicolore du centre de l’Europe, il n’y a jamais eu de meilleur moment qu’aujourd’hui !

Le célèbre poète israélien Tuvia Rübner, né en 1924 à Bratislava sous le nom de Kurt Tobias Rübner, a écrit dans son poème Une carte postale de Presbourg (Pohľadnica z Prešporka) : « Presbourg était une ville trilingue. Et sa quatrième langue, c’était le silence. »

Rübner connut le même destin que beaucoup d’auteur-e-s dont Bratislava a été le lieu de naissance et qui écrivaient en hongrois, en yiddish (comme par exemple rabbi Chatam Sofer) ou en allemand. En 1941, il échappa à l’Holocauste en fuyant dans des circonstances dramatiques vers la Palestine. Ses parents et sa sœur décédèrent à Auschwitz. Plus tard, l’hébreu devint la langue littéraire de Rübner. « Je ne me sens pas déraciné. Mais je ne me sens pas non plus enraciné. Je flotte dans un entre-deux », explique Rübner dans un entretien sur son expérience de l’exil. Il y désigne la Shoah comme une « fraude à la raison humaine de nature inhumaine. »

Pendant des décennies de communisme, personne ne parlait de ces histoires. Elles étaient oubliées, voire même falsifiées. Aujourd’hui, Bratislava en reparle à nouveau. Grâce à l’écriture, ce silence de la ville s’interrompt à une fréquence jamais connue par le passé. La ville a retrouvé sa voix polyphonique. Le thème le plus fréquent de l’écriture de Bratislava, c’est l’identité individuelle. Comme la ville, la littérature change et évolue, devient plus variée, se diversifie. Et aborde aussi des thèmes tabous, revient vers son héritage multiculturel et vers l’histoire complexe de l’Europe centrale. Ses auteur-e-s développent avec ses habitants un dialogue sur leur situation ou sur la situation de la ville elle-même. Mais elle ne cache pas non plus son côté plus léger, amusant et attractif. Elle a ses romans policiers, ses thrillers, ses livres d’horreur, de science-fiction ou de fantasy. Elle s’est prise de passion pour ce dernier genre et les possibilités excitantes qu’il offre. Et elle s’offre à un public de lecteurs de plus en plus large, dans des librairies toujours plus belles. Bref, Bratislava est une ville attachée à la culture du livre, une ville qui aime les cafés où le client peut sortir un livre de l’étagère.

Si vous aimez le Parisien Milan Kundera, originaire de Brno, le Hongrois Péter Esterházy ou l’Autrichien Thomas Bernhard, plongez dans la prose brillante de Pavel Vilikovský, natif de Bratislava, écrivain postmoderne, grande figure de la littérature slovaque et excellent connaisseur de l’Europe centrale. Ou découvrez les récits d’inspiration autobiographique d’Irena Brežná, auteure slovaque d’expression allemande domiciliée en Suisse, qui a abordé de manière très originale l’un des grands thèmes souvent développés dans la littérature d’Europe centrale, à savoir l’exil et ses conséquences pour l’identité humaine.

Bratislava a besoin de raconter son histoire, ses histoires. Une métropole comme Paris peut l’aider à franchir les frontières du cœur de l’Europe et à se présenter dans un contexte beaucoup plus large.

Venez donc voir cette ville sur les rives du Danube située à une soixantaine de kilomètres de Vienne, mais qui a réussi à s’extraire de l’ombre de celle-ci et à trouver un visage bien à elle, moderne et attirant. Et avant votre voyage, lisez l’un de ces livres de Bratislava déjà traduits. Parce que la seule langue commune de l’Europe, comme l’avait prédit Umberto Eco, est bel et bien la traduction littéraire.

Cherchons par le biais des livres un chemin qui nous relie les uns aux autres. Vous ne pourrez ensuite plus vous perdre sur la route entre Paris et Bratislava.

 

Michal Hvorecký

traduit par Vivien Cosculluela

les photos: Matej Longauer, Peter Kuzmín, Branislav Bibel, Andrea Kalinová

Programme

Chers visiteurs, vous trouverez bientôt sur ce site le programme complet des présentations des auteurs slovaques, ainsi que de leurs oeuvres, dans le pavillon de Bratislava à LIVRE PARIS 2019.